La voyageuse de nuit
Que savons-nous de nos 'proches' ? Lorsque Olga, malade, coupe brusquement toute communication avec son entourage, ne parle plus, ne regarde plus, ce sont ses filles qui ouvrent les yeux - sur ce qui les sépare. Dans cette famille en apparence si unie, chacune des quatre soeurs a, en effet, sa propre vision de la mort et sa propre vision de la mère. Les voilà renvoyées à leur enfance et confrontées à cette vérité : dans une famille, personne n'a eu la même mère. Parce qu'Olga, silencieuse, les yeux fermés, est en train de s'effacer, chaque fille découvre sur 'le clan', un clan étrangement matriarcal, ce qu'elle ne savait pas ou n'avait pas voulu savoir - petits secrets qui recomposent peu à peu un puzzle géant dont aucune, jusque-là, n'avait détenu toutes les pièces.
j'ai lu Chandernagor par deux fois et j'avais beaucoup aimé... merci à Anne d'avoir rappeler cette auteur, académicienne Goncourt, à ma mémoire et de m'avoir conseillé ce livre.
on peut se dire que le thème de ce livre n'est pas très gai voire tabou... en fait, il est très naturel.
je n'écrirai pas mieux que la critique du site Evène, je me contenterai donc de faire un simple copier/coller !
par Thomas Flamerion
Elle nous a habitué à de passionnantes fresques, à des épopées rocambolesques, dans la grande tradition du roman historique français. Pourtant, déjà avec son précédent opus, ‘Couleur du temps’, Françoise Chandernagor faisait voler en éclats les conventions du genre, pour redonner vie aux figures inanimées et aux teintes passées d’une toile de maître.
Présente, cette fois encore, là où on ne l’attendait pas, l’académicienne perce au jour les secrets les mieux enfouis d’une famille extraordinaire. Une famille en forme de matriarca, où domine la figure d’Olga, la voyageuse de nuit qui n’en finit pas de flirter avec les ombres. Le temps de réunir quatre filles quinquagénaires aux parcours aussi différents que leurs rapports à cette mère omniprésente, jusque dans le mutisme des dernières heures. L’occasion de laisser exsuder les rancoeurs et recoller les souvenirs de ces poupées russes au bord de la crise de nerfs.
Rien de bien réjouissant, donc, au programme de ce roman gigogne, si ce n’est l’incroyable talent d’une femme qui manie les mots comme on brode une pièce de haute couture.
Certains y verront une propension au classicisme, peut-être est-ce juste l’expression d’un pur talent. Car elle n’est pas à la portée de tout le monde la science du dosage exact, du noeud habilement défait et des parcours judicieusement croisés.
Françoise Chandernagor tisse une exquise dentelle des fils qui unissent les membres de cette famille. Avec la régularité d’un métronome et la précision d’un portraitiste, elle construit un monde d’une cellule familiale et remonte le cours de cicatrices à jamais ouvertes.
Sans indécence ni voyeurisme, l’intime se livre dans un portrait honnête et poignant. Et les poupées russes de s’ouvrir tour à tour, pour exposer les non-dit et panser les plaies. Admirable !