100 ans des Ballets russes - Sergei Diaghilev

Publié le par Margotte

Parce que le régime soviétique refusait ces œuvres créées à l’étranger, les chefs-d’œuvre des Ballets russes n’étaient plus joués depuis leur création, au début du siècle dernier. Le chorégraphe Andris Liepa les a reconstitués… pas à pas.

C’est une résurrection. Ce week-end, quatre chorégraphies des mythiques Ballets russes de Serge Diaghilev reprennent vie sous les projecteurs du Théâtre des Champs-Elysées. Créées à Paris il y a un siècle, volontairement oubliées depuis par le régime soviétique, elles sont remontées à l’identique par Andris Liepa, producteur du spectacle et président de la Fondation Maris Liepa, qui s’est donné pour mission de faire revivre les chefs-d’œuvre du passé : « Je veux que le public parisien éprouve, en 2009, la même émotion visuelle que celle ressentie par les spectateurs du Théâtre du Châtelet le 19 mai 1909, lorsqu’ils ont découvert ces ballets révolutionnaires. » Ce soir-là, le Tout-Paris est sous le choc. Sur scène, une débauche de couleurs, de costumes, de décors, des chorégraphies exotiques ou folkloriques, les plus grands danseurs du monde, de Nijinski à Pavlova en passant par Massine et Fokine. Du jamais-vu. A cette époque, les troupes étrangères ne voyagent pas. On ne connaît de la danse que ce que l’on voit chez soi. Diaghilev, lui, invente le concept même de tournée, afin de pouvoir créer librement, loin de la surveillance de la Russie tsariste. Et il s’en donne à cœur joie. Il mélange les cultures, s’offre la collaboration des meilleurs artistes du moment : Cocteau écrit plusieurs livrets, Picasso, Braque et Matisse s’attellent aux décors, Debussy et Satie à la musique. Mais Diaghilev le paiera cher : considéré comme traître à la culture russe, il est banni du régime devenu soviétique. Un bannissement qui perdurera longtemps après sa mort, en 1929.


france soir.fr

Serge Diaghilev
Né à Selichtchi en 1872
Décédé à Venise le 19 août 1929


Fondateur de la revue le monde de l'art qui parut de 1898 à 1905, diaghilev est un amateur génial et un imprésario avisé. Après avoir organisé une grande exposition "deux siècles de peinture et de scuplture russe", il fait connaître à Pris le chanteur russe Chaliapine, puis lance en 1909, au Théâtre du Châtelet, un programme de Ballets russes dont Marcel Proust parle comme d'une "efflorescence prodigieuse". Cette nouvelle forme de spectavle en appelle à la danse, à la musique  mais aussi à la peinture et bientôt la poésie. Diaghilev sait rassembler les talents, les fusionner. Pendant 20 ans, les Ballets russes vont occuper le devant de la scène et leur inventeur veillera sans relâche à en renouveler la formule.

Pendant la 1ère période de leur histoire, jusqu’en 1912, le succès des Ballets russes tient à ce que Diaghilev accorde une égale importance à la chorégraphie, au décor, à la partition et à l’exécution. La direction chorégraphique est alors confiée à Mikhaïl FOKINE, qui aspire à l’unité absolue et harmonieuse de tous ces éléments.


Diaghilev choisit des compositeurs qui ont intégré toute la puissance du folklore russe: ce sont les musiciens du Groupe des Cinq, Borodine pour Le Prince Igor , Rimski-Korsakov pour Shéhérazade , puis un jeune élève de ce dernier, Igor Stravinski, à qui il commande la musique de L’Oiseau de feu  en 1910. Ces partitions frémissantes surprennent et séduisent par leur énergie rythmique et leurs nouvelles couleurs harmoniques

Diaghilev a engagé des danseurs qui sortent de l’École impériale de ballet de Saint-Pétersbourg. Aux prouesses techniques dont ils sont capables, la sensibilité russe ajoute une fougue et un sens de l’expression dramatique qui savent émouvoir. L'un d'eux, Vaslav Nijinski, invente le bond qui est, selon Claudel, " la victoire de la respiration sur le poids " et semble suspendu en l’air. On découvre alors que le danseur peut échapper à son rôle ridicule de figurant et de porteur. Sur une musique de Stravinski et dans des décors de Benois, les scènes burlesques de Petrouchka , en 1911, marquent un tournant. Cette comédie de tréteau fournit à Fokine l’occasion de parodier la danse d’école en présentant une danseuse de rue alors que Nijinski interprète le personnage populaire du pantin émouvant et désarticulé. 


Dès 1912, Diaghilev fait appel à des musiciens occidentaux: Ravel pour Daphnis et Chloé , Debussy pour L’Après-Midi d’un faune  sur un poème de Mallarmé. La chorégraphie de ce ballet est confiée à Nijinski. Pour inventer une danse moderne, le danseur se tourne vers l’Antiquité. L’œuvre apparaît comme une suite d’images statiques, d’une tristesse poignante. De profil, pieds nus, avec des mouvements et des gestes stylisés à l’extrême, les nymphes forment une frise vivante inspirée des vases grecs, mais, couché sur le voile que l’une d’elles abandonne, le faune fait scandale. On lui reproche un geste obscène, et aussi la rupture avec l’académisme. Ramassé, puissant, désarmé, entre deux nymphes insaisissables, Nijinski interprète en fait son propre personnage. Il ne s’engage pas avec moins de violence dans Le Sacre du printemps , réglant sa danse en rêvant à un primitivisme dont bien des artistes partageaient le goût dans la Russie de 1910 autour du peintre Kazimir Malevitch. Le scandale du Sacre  n’est pas simplement musical. La chorégraphie y apparaît comme une sauvage " danse de Caraïbes, de Canaques... " On y rampe " à la manière des phoques ", disent les chroniqueurs, et ils traitent de dément le chorégraphe, qui aspire à la modernité et qui sombrera dans la folie.

Sur le plan chorégraphique comme sur le plan musical, Le Sacre du printemps  occupe une place comparable à celle des Demoiselles d’Avignon  de Pablo Picasso en peinture. Là encore, sous le prétexte d’une reconstitution archéologique de danses antiques, Nijinski a rompu avec la conception académique de la grâce. À la position ouverte il oppose la position rentrée: la pointe des pieds en dedans. Au buste droit il substitue le corps courbé vers la terre. Tourbillon de rouge et de blanc sur le fond vert du décor, Le Sacre du printemps  est un manifeste d’énergie brutale.


Après sa rupture avec Nijinski en 1917, Diaghilev engage un nouveau chorégraphe, Léonide Massine, qui monte en 1917 Parade sur un argument de Jean Cocteau et une musique d’Erik Satie. Les costumes de Picasso, véritables sculptures cubistes, et la partition, qui utilise le revolver et la machine à écrire comme instruments, scandalisent un public désorienté par un ballet où les personnages ne sont plus les interprètes d’une histoire. Dans le compte rendu qu’il fait de ce spectacle, Guillaume Apollinaire emploie pour la première fois le mot: surréalisme. Massine aura plus de succès en 1919 avec La Boutique fantasque , dans les décors d’André Derain, puis avec Le Tricorne , dont la musique a été commandée à Manuel de Falla. En 1920, il donne Pulcinella de Stravinski.




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